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Le trafic d’influence passif est une infraction souvent mal comprise, mais au cœur de nombreux scandales politico-financiers, de conflits d’intérêts en entreprise et de dossiers de droit pénal des affaires. Il ne s’agit pas seulement de « petits arrangements entre amis » : cette pratique mine la confiance dans les institutions, fausse la concurrence, et peut avoir des conséquences importantes pour toute personne qui en est victime, témoin… ou complice malgré elle. Comprendre précisément ce qu’est le trafic d’influence passif est donc essentiel si vous envisagez de dénoncer une situation abusive ou de vous protéger juridiquement.

Dans le Code pénal français, le trafic d’influence passif vise la situation où une personne détient un pouvoir réel ou supposé sur une autorité publique ou une administration, et accepte un avantage pour user – ou prétendre user – de cette influence. C’est une forme particulière de corruption, mais avec une mécanique différente : ce n’est pas seulement « payer pour obtenir une décision », c’est payer quelqu’un qui dit pouvoir influencer cette décision. Dans la pratique, l’infraction peut être subtile, déguisée en prestations de service, en contrat de conseil, en dons, en invitations, ou encore en promesse de poste ou de succession dans une fonction publique ou privée.

Pour une victime ou un témoin, il peut être difficile de savoir si les faits observés relèvent réellement du trafic d’influence passif ou d’une autre infraction (corruption, favoritisme, prise illégale d’intérêts, concurrence déloyale…). C’est là que l’information juridique joue un rôle clé : connaître les éléments constitutifs de l’infraction, les indices concrets, et les voies de dénonciation possibles en France ou en Europe. Cyberdénonciation a vocation à guider chaque personne vers une approche structurée : analyser les faits, identifier le bon fondement juridique, choisir la bonne autorité de signalement, et préserver ses droits, notamment en matière d’anonymat et de protection des lanceurs d’alerte.

Ce guide détaille ce qu’est le trafic d’influence passif, ses différences avec d’autres délits de droit pénal, les situations typiques dans lesquelles il apparaît, et surtout la manière de le dénoncer de façon efficace et juridiquement sûre. Vous découvrirez des exemples concrets (relations avec des élus, administrations, marchés publics, successions, affaires commerciales), des conseils pratiques pour collecter des preuves sans vous mettre en danger, et le rôle que peuvent jouer les avocats, les autorités judiciaires et les organismes spécialisés. L’objectif est de vous donner des repères clairs, factuels et activables pour agir en respectant les règles et les lois.

Comprendre le trafic d’influence passif : définition juridique et enjeux

En droit pénal français, le trafic d’influence est défini par les articles 433-2 et suivants du Code pénal (ainsi que les articles 435-1 et suivants pour les faits impliquant des personnes étrangères ou des institutions internationales). Le trafic d’influence passif désigne le comportement de la personne qui, bénéficiant d’une influence réelle ou supposée sur une autorité publique, une administration, un magistrat ou un agent public, sollicite ou accepte un avantage pour intervenir – ou prétendre intervenir – auprès de cette autorité. Autrement dit, le « passif » est celui qui reçoit ou demande l’avantage, alors que l’« actif » est celui qui le propose ou le verse.

Ce délit est puni sévèrement (peines d’emprisonnement, amendes, interdictions professionnelles, parfois confiscation des biens) car il touche directement à la probité de la vie publique et au bon fonctionnement des administrations. Il s’inscrit dans le champ plus large du droit pénal des affaires et de la lutte contre la corruption, aux côtés d’autres infractions : corruption, prise illégale d’intérêts, détournement de fonds publics, favoritisme dans les marchés publics, etc. Pour une personne ou une entreprise, être mêlée à des faits de trafic d’influence peut avoir des conséquences graves : poursuites pénales, atteinte à la réputation, exclusion de certains marchés, remise en cause de contrats.

Un point essentiel : il n’est pas nécessaire que l’intervention promise produise réellement un effet pour que le trafic d’influence passif soit constitué. Il suffit que la personne ait sollicité ou accepté un avantage en échange de l’usage de son influence réelle ou supposée. Par exemple, un proche d’un élu qui prétend pouvoir « faire passer » un dossier d’urbanisme en échange d’une somme d’argent peut tomber sous le coup de l’infraction, même si l’élu n’intervient jamais et que le projet n’aboutit pas. La simple transaction entre l’influence supposée et l’avantage suffit.

Les formes d’avantages sont très variées : argent liquide, cadeaux coûteux, voyages, prestations de services gratuites, embauche d’un membre de la famille, promesse de nomination à un poste, promesse de succession dans une fonction ou dans une société, remises commerciales injustifiées, etc. L’avantage peut être direct (versé à la personne elle-même) ou indirect (accordé à un proche, à une association, à une autre structure contrôlée par elle). En pratique, ces avantages sont souvent déguisés pour paraître licites : contrats de conseil fictifs, honoraires disproportionnés, sponsoring, fausses factures.

Pour les citoyens et les salariés, comprendre ces mécanismes est crucial pour distinguer un simple réseau relationnel légitime d’une situation de trafic illégal. L’existence d’une relation d’affaires ou d’amitié n’est pas en soi interdite. Ce qui bascule dans le pénal, c’est l’échange d’un avantage contre l’intervention d’une personne présentée comme capable d’influencer une décision publique ou administrative. Cyberdénonciation vise précisément à aider à faire cette distinction, afin que les signalements portent sur de véritables infractions, et non sur de simples rivalités professionnelles ou conflits internes.

Différence entre trafic d’influence passif, actif, corruption et autres infractions voisines

Dans le langage courant, les notions de corruption, de trafic d’influence, de favoritisme ou de concurrence déloyale sont souvent mélangées. En droit pénal, il est pourtant essentiel de les distinguer, notamment pour bien qualifier les faits lors d’une dénonciation ou d’une plainte. Une qualification juridique correcte augmente les chances que l’enquête soit ouverte et que les faits soient traités efficacement par les autorités compétentes.

Le trafic d’influence se distingue d’abord de la corruption par l’objet de l’échange. Dans la corruption, l’avantage est donné directement à l’agent public (ou au décideur privé) pour qu’il accomplisse ou n’accomplisse pas un acte lié à ses fonctions (par exemple, accorder un marché, fermer les yeux sur une infraction, accélérer un dossier). Dans le trafic d’influence, l’avantage est versé à une personne tierce qui se présente comme capable d’influencer l’agent public, sans nécessairement être elle-même titulaire d’un pouvoir de décision. L’infraction repose donc sur l’exploitation d’une position d’intermédiaire supposé ou réel.

La distinction entre trafic d’influence passif et actif tient au rôle de chaque protagoniste. Le trafic d’influence passif vise la personne qui sollicite ou accepte l’avantage en échange de son influence (le « receveur »). Le trafic d’influence actif vise celui qui propose ou offre l’avantage (le « payeur »). Dans une même affaire, les deux formes peuvent être poursuivies simultanément, car chaque personne peut être mise en cause pour son propre rôle. Pour un lanceur d’alerte ou un témoin, il est important d’identifier qui demande, qui paie, et qui est présenté comme l’autorité influençable.

Le trafic d’influence se distingue aussi d’autres infractions voisines :

  • Favoritisme dans les marchés publics : vise le fait, pour une personne publique, de fausser les règles de publicité et de mise en concurrence afin d’avantager une entreprise. Il peut exister du trafic d’influence en amont (par exemple, un intermédiaire payé pour influencer le choix d’un candidat), mais le favoritisme touche spécifiquement la procédure de marché.

  • Prise illégale d’intérêts : concerne l’agent public qui participe à une décision dans laquelle il a un intérêt personnel. Le trafic d’influence peut être combiné si un tiers est rémunéré pour exploiter cette position.

  • Concurrence déloyale : il s’agit d’un concept de droit civil et commercial, pas de droit pénal. Une entreprise peut attaquer une autre pour concurrence déloyale si elle estime que des pratiques (dénigrement, imitation, désorganisation) lui causent un préjudice. Le recours à des pratiques de trafic d’influence pour obtenir des marchés peut, en parallèle, donner lieu à des poursuites pénales.

Les frontières entre ces infractions ne sont pas toujours évidentes pour une personne non juriste. Par exemple, dans une succession d’événements au sein d’une collectivité territoriale, on peut trouver simultanément une prise illégale d’intérêts (un élu vote une subvention à une association dirigée par un proche), du trafic d’influence (un intermédiaire payé pour « pousser » le dossier auprès d’un cabinet) et du favoritisme (une procédure de marché public orientée pour cette association). Identifier ces enchaînements de faits permet de construire un signalement plus solide.

Pour vous repérer, une approche simple consiste à vous poser trois séries de questions : Qui décide ? Qui se présente comme capable d’influencer le décideur ? Qui verse ou reçoit un avantage ? Dès qu’un intermédiaire est rémunéré spécifiquement pour user de son réseau ou de son accès privilégié à une personne en position de décision publique, le risque de trafic d’influence apparaît. En cas de doute, il peut être utile de consulter un avocat en droit pénal des affaires ou d’utiliser des dispositifs anonymes de conseil pour qualifier juridiquement les faits avant une dénonciation formelle.

Les éléments constitutifs du trafic d’influence passif : ce que la loi exige pour caractériser l’infraction

Pour que le trafic d’influence passif soit reconnu par un juge, plusieurs éléments doivent être réunis. Les connaître est fondamental si vous envisagez de dénoncer des faits, afin de pouvoir les décrire de manière claire, structurée et juridiquement pertinente. Ce n’est pas parce qu’une situation semble moralement choquante qu’elle constitue automatiquement une infraction pénale. À l’inverse, des comportements apparemment banals peuvent, une fois mis en lumière, révéler un système de trafic d’influence sophistiqué.

Les principaux éléments constitutifs sont les suivants :

  • Une personne disposant d’une influence réelle ou supposée : il peut s’agir d’un élu, d’un collaborateur de cabinet, d’un proche d’un ministre, d’un haut fonctionnaire, d’un membre d’une grande entreprise publique, ou encore d’une personne qui se vante d’avoir des « entrées » dans une administration. La loi n’exige pas que l’influence soit réelle : se prévaloir mensongèrement d’un pouvoir d’influence peut suffire.

  • Une autorité ou administration ciblée : l’influence doit porter sur une personne dépositaire de l’autorité publique ou chargée d’une mission de service public (magistrats, agents fiscaux, inspecteurs du travail, agents de douanes, élus locaux, ministères, etc.) ou sur un organisme international public (Union européenne, institutions internationales).

  • La demande, la sollicitation ou l’acceptation d’un avantage : l’élément central est l’échange. L’avantage peut être matériel (argent, biens, voyages) ou immatériel (promotion, recommandation pour un poste lucratif, remise de dette), direct ou indirect. Il n’a pas besoin d’être effectivement versé : le simple fait de solliciter, de promettre ou d’accepter une promesse peut suffire.

  • Le lien entre l’avantage et l’intervention d’influence : il faut que l’avantage soit accordé « en contrepartie » de l’usage d’influence, c’est-à-dire qu’il existe un pacte, même implicite, entre les protagonistes. C’est ce lien qui distingue un cadeau d’usage socialement toléré d’un avantage pénalement répréhensible.

Le caractère intentionnel est également requis : la personne poursuivie doit avoir eu conscience de monnayer son influence ou celle d’autrui. Toutefois, cette intention peut être déduite de faits matériels : échanges de courriels, messages, enregistrement de conversations, chronologie des versements et des décisions administratives, rôle joué par chacun. Dans une affaire de trafic, l’enquête pour trafic d’influence se concentre souvent sur cette succession d’actes concrets pour démontrer l’existence d’un « pacte de corruption » spécifique à l’influence.

Pour un témoin ou un salarié qui envisage une dénonciation, cela signifie que la description des faits doit être la plus chronologique et précise possible : dates, montants, nature des avantages, fonctions des personnes impliquées, documents échangés, décisions publiques intervenues après les versements. Par exemple : « Le 15 mars, la société X a signé un contrat de “conseil en affaires publiques” avec la personne Y, proche de l’élu Z. Le 30 mars, la collectivité a attribué un marché public à la société X, malgré une offre plus compétitive d’une autre entreprise. Le contrat de conseil prévoyait une rémunération forfaitaire très élevée sans prestations clairement définies. »

Un conseil pratique : conservez toutes les pièces pouvant attester de cette succession de faits (contrats, factures, échanges de mails, SMS, notes internes), en respectant les règles en vigueur dans votre entreprise ou administration (ne pas pirater de systèmes informatiques, ne pas violer le secret des affaires au-delà de ce qui est nécessaire, etc.). Un avocat en droit pénal peut vous aider à évaluer quelles preuves peuvent être légalement utilisées. Sur le plan pénal, la solidité de l’enquête dépendra largement de la capacité à retracer cette succession d’événements qui met en lumière le lien entre avantage et influence.

Trafic d’influence passif dans la vie professionnelle et publique : exemples concrets et risques

Le trafic d’influence passif ne se manifeste pas uniquement dans les grands scandales politico-financiers médiatisés. Il peut concerner des affaires locales, des petites collectivités, des établissements publics, mais aussi des entreprises privées lorsqu’elles interagissent avec l’administration ou avec des responsables politiques. Comprendre ces situations concrètes permet de mieux identifier les signaux d’alerte dans son environnement professionnel ou familial.

Premier exemple typique : les marchés publics. Une entreprise, souhaitant décrocher un contrat, verse des honoraires très élevés à un « consultant » qui se présente comme « proche de la mairie » ou d’un ministère. Ce consultant promet d’user de ses contacts pour favoriser l’entreprise lors de la procédure de mise en concurrence. En contrepartie, il reçoit une rémunération disproportionnée par rapport aux prestations réellement fournies (« conseils stratégiques », « étude de marché » très floue). Si ce consultant a effectivement une influence – ou la prétend – sur les décideurs publics, on peut être en présence d’un trafic d’influence passif.

Deuxième exemple : la fiscalité et les contrôles. Un intermédiaire se vante auprès d’un dirigeant d’entreprise de pouvoir « arranger » un contrôle fiscal ou de faire annuler des pénalités de retard d’impôt, grâce à des relations au sein de l’administration. Il sollicite un pourcentage des sommes économisées. Là encore, si la personne demande un avantage en échange de l’utilisation de son réseau dans l’administration fiscale, l’élément de trafic est présent. Même si, au final, le contrôle n’est pas modifié, le simple pacte est susceptible de poursuites pénales.

Troisième exemple : la succession de postes et de fonctions publiques. Dans certains milieux, des personnes promettent « d’aider » quelqu’un à obtenir une nomination (direction d’établissement public, poste de magistrat, fonction dans une autorité administrative indépendante) grâce à leurs relations dans un cabinet ministériel ou auprès d’une haute autorité. En échange, elles exigent une somme d’argent, un poste futur, ou un autre avantage différé. Cette promesse de faire jouer son influence, monnayée, peut constituer du trafic d’influence passif, même si la nomination n’aboutit finalement pas.

Les risques juridiques sont multiples. Pour la personne qui accepte un avantage pour user de son influence, les sanctions peuvent être lourdes : peine de prison, amende, interdiction d’exercer une fonction publique ou une activité professionnelle, confiscation de l’avantage ou des biens acquis grâce à l’infraction. Pour l’entreprise impliquée, les conséquences peuvent aller au-delà du pénal : exclusion de marchés publics, actions en nullité de contrats, demandes de dommages et intérêts de la part de concurrents estimant avoir subi une concurrence déloyale du fait de pratiques illégales.

Pour les témoins internes (salariés, cadres, membres d’un service juridique, responsables conformité), le risque principal est souvent de se retrouver pris entre le devoir de loyauté envers l’employeur et l’obligation de ne pas participer à une infraction pénale. Les lois sur les lanceurs d’alerte en France et en Europe visent précisément à protéger ces personnes lorsqu’elles dénoncent, de bonne foi, des faits graves. Le trafic d’influence passif, parce qu’il touche à la probité de la vie publique, entre généralement dans le champ des signalements protégés. Néanmoins, il est crucial de respecter les canaux de signalement prévus (interne, externe, autorité judiciaire) et de documenter les faits avec rigueur.

Enfin, au sein de la famille, des situations plus atypiques peuvent apparaître : promesses d’intervention auprès d’un notaire, d’un juge des affaires familiales, d’un service de l’état civil, etc. Souvent, ces prétentions sont purement mensongères, mais si des avantages financiers sont versés dans ce contexte, elles peuvent entrer dans le radar du droit pénal. Dans ces situations, il est utile de garder une distance critique : toute personne qui prétend pouvoir « acheter » ou « influencer » une décision publique en échange d’un avantage financier vous expose potentiellement à des risques pénaux.

Comment réagir et dénoncer un trafic d’influence passif en France et en Europe

Lorsqu’une personne soupçonne un trafic d’influence passif dans son environnement professionnel, associatif, familial ou dans une relation d’affaires, la première étape est de prendre du recul et de structurer les informations disponibles. Il ne s’agit pas d’accuser précipitamment, mais d’identifier précisément les faits observables : qui fait quoi, quand, comment, en échange de quel avantage, et au bénéfice de quelle décision publique ou administrative. Plus le récit des faits sera concret, plus la dénonciation aura de chances d’être prise au sérieux par les autorités compétentes.

En France, plusieurs voies de signalement existent :

  • Le signalement interne (dans une entreprise ou une administration) : il peut passer par un supérieur hiérarchique, un service conformité, un référent éthique, ou une procédure de lanceur d’alerte mise en place en application de la loi Sapin II et de la loi Waserman. Cette voie est souvent recommandée en premier lieu, sauf si le suspecté est justement au sommet de la hiérarchie ou si la situation rend ce canal manifestement inadapté.

  • Le signalement externe auprès d’une autorité administrative ou judiciaire compétente : parquet (procureur de la République), Parquet national financier (PNF) pour les affaires complexes de corruption et de trafic, Agence française anticorruption (AFA), Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) pour les élus et hauts responsables, Défenseur des droits pour la protection des lanceurs d’alerte, etc.

  • La plainte pénale : une personne peut déposer une plainte simple auprès du procureur de la République, ou une plainte avec constitution de partie civile devant le doyen des juges d’instruction, notamment si elle se considère personnellement victime (par exemple, entreprise lésée par une concurrence déloyale liée à un système de trafic d’influence).

À l’échelle européenne, d’autres canaux existent : le Parquet européen (EPPO) pour certaines infractions portant atteinte aux intérêts financiers de l’Union, l’Office européen de lutte antifraude (OLAF), le Médiateur européen ou les autorités nationales anticorruption des autres États membres. Pour une personne confrontée à un trafic impliquant des institutions de l’UE ou des financements européens, ces canaux peuvent être plus adaptés qu’un simple signalement local.

Dans une démarche de cyberdénonciation, la question de l’anonymat et de la sécurité des échanges est centrale. En France, le statut de lanceur d’alerte protège principalement la personne qui signale de bonne foi, de manière désintéressée, et qui a eu personnellement connaissance des faits. Le signalement peut être confidentiel, mais pas forcément anonyme dans tous les dispositifs. Certaines plateformes ou ONG proposent cependant des systèmes de recueil de signalements chiffrés et techniquement sécurisés, pour limiter les risques de représailles. L’anonymat complet peut toutefois limiter la capacité des autorités à utiliser le témoignage lors d’un procès pénal.

Pour optimiser votre démarche, quelques conseils pratiques :

  • Mettez par écrit, dès que possible, votre chronologie des faits, de manière neutre et factuelle, sans jugements de valeur.

  • Rassemblez les preuves matérielles auxquelles vous avez légalement accès (courriels, échanges de messages, documents contractuels, notes de réunions, captures d’écran de conversations professionnelles) sans enfreindre le droit pénal (pas de piratage, pas d’enregistrements clandestins illégaux dans certains contextes).

  • Identifiez les personnes et autorités potentiellement concernées (élus, agents publics, entreprises bénéficiaires, intermédiaires) et les décisions publiques qu’elles peuvent influencer (appel d’offres, autorisation, contrôle fiscal, décision de justice…).

  • Avant un signalement formel, envisagez un conseil confidentiel auprès d’un avocat en droit pénal des affaires ou d’une structure spécialisée dans l’accompagnement des lanceurs d’alerte, afin de calibrer votre action et de mesurer les risques.

La dénonciation d’un trafic d’influence passif n’est pas seulement un acte civique : c’est aussi un moyen de rétablir des conditions de concurrence loyale entre entreprises, de protéger l’intérêt général, et de faire respecter l’égalité devant le service public. Bien préparée, documentée et orientée vers la bonne autorité, elle a plus de chances d’aboutir à une enquête efficace et à des sanctions adaptées.

Se protéger juridiquement : droits, preuves et rôle des avocats

Une personne qui s’apprête à dénoncer un trafic d’influence passif doit penser non seulement à l’efficacité de son signalement, mais aussi à sa propre protection juridique. Dans un dossier de droit pénal des affaires, les jeux d’influence, les pressions et les tentatives de décrédibilisation du lanceur d’alerte sont fréquents. Connaître ses droits et s’entourer, dès que possible, de professionnels (avocats, associations, syndicats) permet de limiter ces risques et de mieux maîtriser la succession des étapes de la procédure.

Sur le plan légal, le statut de lanceur d’alerte, tel que défini par la loi française, offre plusieurs garanties à la personne qui révèle ou signale, de bonne foi, des faits susceptibles de constituer un crime ou un délit (comme le trafic d’influence), une menace grave pour l’intérêt général ou une violation grave du droit. Cette personne ne peut en principe faire l’objet de mesures de représailles (licenciement abusif, sanction disciplinaire injustifiée, harcèlement) en raison de son signalement. Elle peut saisir le Défenseur des droits en cas de mesures suspectes et faire valoir ces protections devant les juridictions compétentes.

Les avocats jouent un rôle crucial dans la sécurisation de ces démarches. Un avocat en droit pénal ou en droit pénal des affaires peut :

  • Vous aider à qualifier juridiquement les faits : trafic d’influence passif, actif, corruption, favoritisme, concurrence déloyale, etc.

  • Vérifier la licéité des preuves dont vous disposez et vous conseiller sur la façon d’en obtenir de nouvelles, sans vous exposer vous-même à des poursuites (par exemple, sur la question des enregistrements audio ou des accès aux systèmes d’information).

  • Rédiger ou relire votre plainte, votre dénonciation ou votre signalement, en veillant à ce que les éléments constitutifs de l’infraction soient clairement exposés.

  • Vous assister au cours de l’enquête pour trafic d’influence, notamment si vous êtes entendu en qualité de témoin, de victime, ou si, dans des cas plus complexes, certains protagonistes tentent de vous faire passer pour complice.

Sur le plan pratique, il est recommandé de ne pas rester isolé. En parallèle du recours à un avocat, vous pouvez solliciter un syndicat, une association spécialisée dans la protection des lanceurs d’alerte, ou un collectif professionnel. Ces structures peuvent vous orienter vers des avocats compétents, vous accompagner psychologiquement, et parfois vous aider à financer une partie de vos frais juridiques. Dans certains cas, des dispositifs d’aide juridictionnelle peuvent également être mobilisés.

La protection passe aussi par une bonne gestion de la confidentialité. Évitez de parler de votre projet de dénonciation à un trop grand nombre de personnes, surtout si vous n’êtes pas certain de leur loyauté ou de leurs liens avec les protagonistes potentiellement impliqués dans le trafic. Préférez des canaux de communication sécurisés pour vos échanges sensibles, en particulier lorsque vous transmettez des documents ou que vous préparez des démarches de cyberdénonciation. De nombreux outils existent pour chiffrer les communications ou déposer des documents de manière anonyme auprès d’organismes spécialisés.

Enfin, il est important d’anticiper la durée et les aléas d’une procédure pénale. Une affaire de trafic d’influence passif, surtout lorsqu’elle touche des intérêts publics ou des personnalités influentes, peut être longue, technique, et faire l’objet de multiples recours. Rester réaliste sur les délais, se faire expliquer par son avocat chaque étape (enquête préliminaire, information judiciaire, audience correctionnelle éventuelle), et garder trace de toutes les démarches effectuées sont autant de moyens de garder la maîtrise de la situation. La dénonciation d’un trafic n’est pas un acte anodin, mais avec une stratégie réfléchie, une bonne compréhension du droit pénal applicable et un accompagnement adapté, elle peut être un levier puissant pour faire respecter la loi et restaurer l’équité dans les relations entre personnes privées, administrations et pouvoirs publics.

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