Image pour signaler un comportement dangereux sur la route

Signaler un comportement dangereux sur la route : 7 situations concrètes décryptées une par une

Le signalement d’un comportement dangereux sur la route ne relève pas seulement du civisme : c’est un véritable enjeu de sécurité publique. Entre excès de vitesse, conduite sous l’emprise d’alcool ou de stupéfiants, mise en danger délibérée ou comportements agressifs, les situations problématiques sont nombreuses et parfois difficiles à qualifier. Comprendre précisément ce qui peut (et doit) être signalé, et par quels canaux, est essentiel pour agir efficacement sans se mettre soi-même en difficulté.

1. Excès de vitesse flagrants et vitesse inadaptée aux conditions

Quand parle-t-on d’excès de vitesse dangereux ?

L’excès de vitesse est l’une des infractions les plus courantes et l’une des plus meurtrières sur la route. On parle d’excès de vitesse dangereux lorsque :

  • le dépassement de la vitesse autorisée est manifeste (par exemple un véhicule qui roule à vue nettement plus vite que le flot de circulation) ;
  • la vitesse est inadaptée aux circonstances (fortes pluies, route verglacée, visibilité réduite, trafic dense) même si la limitation n’est pas formellement dépassée ;
  • le conducteur multiplie les accélérations brutales, les zigzags entre les files ou les dépassements à très haute vitesse.

Comment reconnaître une situation à signaler ?

Plusieurs indices peuvent vous alerter :

  • un véhicule qui remonte rapidement toute une file de voitures et disparaît en quelques secondes ;
  • un deux-roues qui serpente à vitesse excessive entre les voitures dans les bouchons ;
  • une vitesse manifestement incohérente avec l’environnement (zone 30, proximité d’une école, rue piétonne, village, virages serrés).

Si le comportement met clairement en danger les autres usagers (freinages d’urgence provoqués, frôlements, dépassements sur une ligne continue), vous êtes face à un comportement potentiellement délictuel qui peut justifier un signalement auprès des forces de l’ordre.

Comment réagir et que signaler ?

Dans ce type de situation :

  • ne tentez pas de suivre le conducteur pour « prendre sa plaque » en accélérant à votre tour ;
  • si vous pouvez le faire sans danger, notez mentalement ou par écrit :
    • le numéro d’immatriculation (même partiel) ;
    • la marque, le modèle et la couleur du véhicule ;
    • le lieu précis, la direction et l’heure approximative ;
    • la nature du comportement (vitesse excessive, dépassements dangereux, etc.).
  • si la situation est particulièrement grave et actuelle (par exemple sur autoroute), vous pouvez appeler le 17 ou le 112 depuis un endroit sécurisé (aire de repos, bande d’arrêt d’urgence uniquement en cas d’extrême nécessité).

2. Conduite sous l’emprise d’alcool ou de stupéfiants

Signes d’une conduite potentiellement alcoolisée ou sous stupéfiants

La conduite sous l’emprise de substances est un délit grave. Vous pouvez suspecter ce type de comportement lorsque vous observez :

  • des trajectoires irrégulières (véhicule qui « zigzague » ou mord régulièrement la ligne médiane ou le bas-côté) ;
  • des réactions très lentes, retards au démarrage au feu vert, freinages imprévus sans obstacle ;
  • des variations importantes de vitesse sans raison (accélérations puis ralentissements fréquents).

Les indices peuvent également être constatés avant la prise du volant, par exemple :

  • une personne manifestement ivre (titubant, parlant très fort, sentant l’alcool) qui monte dans un véhicule côté conducteur ;
  • une consommation visible de stupéfiants à proximité immédiate du véhicule avant de le démarrer.

Signalement en direct ou a posteriori

Deux cas de figure se présentent :

  • Vous assistez à la prise de volant par une personne manifestement alcoolisée ou droguée. Dans ce cas, si vous pouvez le faire sans vous mettre en danger, il est conseillé :
    • d’alerter immédiatement la police ou la gendarmerie (17 ou 112) avec une description précise de la personne, du véhicule, du lieu et de la direction supposée ;
    • de rester à distance, sans confrontation directe, surtout si la personne est agressive.
  • Vous suivez ou croisez un véhicule dont la conduite vous paraît dangereuse.
    • si le danger est immédiat (autoroute, agglomération dense), un appel en temps réel aux forces de l’ordre peut être justifié ;
    • si vous faites un signalement ultérieur, concentrez-vous sur les éléments factuels : lieu, heure, trajectoires anormales, risques créés (frôlements, presque-collisions, etc.).

Avertir de façon anonyme : jusqu’où aller ?

Dans certains cas, vous pouvez être tenté de dénoncer de façon anonyme une personne connue (collègue, proche, voisin) qui conduit régulièrement en état d’ivresse ou sous stupéfiants. Le droit français ne vous impose pas systématiquement d’agir, sauf si vous êtes témoin d’un crime ou d’un danger grave et imminent pour une personne précise.

Vous pouvez néanmoins :

  • contacter de manière confidentielle la gendarmerie ou le commissariat pour expliquer la situation récurrente ;
  • fournir tout élément factuel disponible (habitudes, jours, lieux, heures, type de véhicule) sans en rajouter ni extrapoler.

3. Non-respect volontaire des règles de priorité et des feux

Griller un feu rouge ou un stop : simple infraction ou mise en danger ?

Le franchissement délibéré d’un feu rouge ou d’un stop, en particulier à grande vitesse ou dans une zone très fréquentée (carrefour, passage piéton, sortie d’école), peut relever de la mise en danger d’autrui. Les indices d’un comportement volontairement dangereux :

  • accélération à l’orange avancé ou au rouge pour « passer coûte que coûte » ;
  • multiplication de ces comportements sur un même trajet ;
  • refus de priorité répétés, pression sur les autres usagers (klaxon, appel de phares) pour qu’ils cèdent.

Situations concrètes à connaître

  • Carrefour urbain très fréquenté. Un conducteur grille systématiquement les feux dans un quartier commerçant, obligeant piétons et cyclistes à reculer. Ce type de comportement est particulièrement grave, car la probabilité d’accident est élevée.
  • Zones 30 et abords d’école. Un véhicule franchit des stop ou des cédez-le-passage sans ralentir aux heures d’entrée ou de sortie des enfants.
  • Ronds-points et priorités à droite. Un automobiliste refuse volontairement la priorité, frôle les véhicules et fait des queues de poisson quand on lui « résiste ».

Comment documenter et signaler ?

Si vous êtes témoin d’un tel comportement de manière répétée (par exemple un voisin ou un automobiliste que vous croisez tous les jours sur le même trajet) :

  • notez les dates, heures et lieux approximatifs des faits ;
  • décrivez les situations avec précision et sobriété, sans jugements de valeur (évitez les formules du type « c’est un fou », préférez « franchissement du feu rouge sans ralentir, piétons présents au passage ») ;
  • si vous envisagez un signalement auprès des autorités, concentrez-vous sur les faits observés et non sur des suppositions (intentions, motivations, état psychologique supposé).

4. Conduite agressive, intimidations et violences routières

Définir la conduite agressive

La conduite agressive se caractérise par des comportements destinés à intimider ou humilier d’autres usagers :

  • queues de poisson répétées ;
  • collage volontaire du véhicule de devant pour le pousser à accélérer ;
  • débordements par la droite, coupures de file brutales ;
  • usage abusif du klaxon, des appels de phares ou des injures.

Ces comportements peuvent constituer différentes infractions (non-respect des distances de sécurité, manœuvres dangereuses) et, dans certains cas, des délits (violences volontaires sans incapacité, menaces de mort, etc.).

Exemples de situations typiques

  • Harcellement au volant. Un véhicule colle l’arrière du vôtre sur plusieurs kilomètres, vous dépasse brusquement, se rabat et freine sans raison, puis répète la manœuvre.
  • Blocage et confrontation. Après un différend mineur (priorité, clignotant), un automobiliste bloque votre voiture, descend et vous insulte, voire tente d’ouvrir votre portière.
  • Agressions envers des usagers vulnérables. Cyclistes ou trottinettes frôlés volontairement, insultés, ou forcés à se rabattre dangereusement.

Que faire en cas de comportement menaçant ?

  • ne répondez pas à la provocation et évitez tout geste agressif (doigt d’honneur, klaxon prolongé, etc.) ;
  • protégez-vous avant tout : changez de trajet, arrêtez-vous dans un lieu fréquenté (station-service, parking de supermarché) si nécessaire ;
  • si la menace est sérieuse (tentative de forcer votre véhicule, coups sur la carrosserie, menaces verbales graves), appelez le 17 ou le 112 dès que possible ;
  • si vous décidez ensuite de témoigner ou de porter plainte, décrivez précisément les faits, les paroles entendues, les gestes, sans exagération ni interprétation.

5. Téléphone au volant, distraction et comportements répétitifs

Pourquoi ces comportements sont-ils particulièrement dangereux ?

L’usage du téléphone au volant, même quelques secondes, augmente considérablement le risque d’accident. Les comportements les plus fréquents :

  • consultation de messages ou de réseaux sociaux en roulant ;
  • téléphone tenu en main pour écrire, faire défiler, envoyer des vocales ;
  • regards réguliers vers l’écran posé sur les genoux ou sur le siège passager.

Quand envisager un signalement ?

S’il s’agit d’un comportement ponctuel, il est souvent difficile d’envisager un signalement utile, à moins que vous soyez victime d’un accident ou d’une quasi-collision directement liée à cette distraction.

En revanche, certaines situations peuvent justifier une démarche :

  • conducteur professionnel (bus, poids lourd, VTC, taxi, transport scolaire) utilisant fréquemment son téléphone en roulant ;
  • comportement répété sur un même trajet (par exemple un conducteur de bus scolaire que vous observez tous les jours, smartphone à la main) ;
  • distraction qui provoque clairement des situations à haut risque (franchissement involontaire de ligne continue, piétons manqués de peu au passage protégé, etc.).

Comment rester factuel ?

Dans votre description :

  • précisez le contexte (type de véhicule, rôle du conducteur, présence de passagers, notamment d’enfants) ;
  • décrivez ce que vous voyez réellement (téléphone en main, regard tourné vers l’écran, main retirée du volant), sans extrapoler sur l’état mental ou la personnalité ;
  • indiquez si vous avez observé ces faits plusieurs fois, en donnant au moins quelques dates ou fréquences approximatives.

6. Véhicule en très mauvais état ou conduite manifestement inadaptée

Véhicule dangereux : quels signes ?

Un véhicule en état mécanique préoccupant peut devenir une menace pour ses occupants et pour les autres :

  • pneus très lisses, déformés, ou manifestement sous-gonflés ;
  • feux avant ou arrière non fonctionnels, surtout de nuit ;
  • charges mal arrimées risquant de tomber sur la chaussée ;
  • fumée anormale, pièces qui pendent, carrosserie coupante susceptible de blesser un piéton ou un cycliste.

Comportement erratique sans cause apparente

Indépendamment de l’état du véhicule, certains conducteurs adoptent une conduite surprenante :

  • rouler anormalement lentement sur une voie rapide sans raison visible ;
  • changer de file sans clignotant à répétition, comme désorienté ;
  • manœuvres inadaptées aux intersections (oublis récurrents de priorité, hésitations excessives).

Ces comportements peuvent être liés à des difficultés médicales, cognitives, ou à une perte de capacités liée à l’âge. Le signalement doit alors être particulièrement mesuré, car la frontière entre sécurité routière et respect de la vie privée est délicate.

Signalement prudent pour les cas récurrents

Si vous observez régulièrement un conducteur (souvent une personne âgée ou malade) dans votre quartier, semblant ne plus maîtriser son véhicule :

  • évitez toute stigmatisation dans vos propos (ne pas écrire « inapte à conduire », mais « multiplie les oublis de priorité et les freinages brusques, plusieurs quasi-accrochages constatés ») ;
  • si vous le pouvez, privilégiez le dialogue bienveillant, par exemple via la famille ou le voisinage, avant d’envisager un signalement aux autorités ;
  • en cas de danger manifeste et répété, vous pouvez prendre conseil auprès de la gendarmerie ou du commissariat, en exposant les faits et en demandant comment procéder dans le respect de la personne concernée.

7. Courses sauvages, rodéos urbains et comportements collectifs organisés

Rodéos urbains et courses improvisées

Les rodéos motorisés, souvent en deux-roues ou en voitures, sont particulièrement dangereux, notamment en milieu urbain :

  • roulage à très haute vitesse sur des axes limités à 30 ou 50 km/h ;
  • roues arrière (« wheeling ») sur moto ou scooter, slalom entre piétons et voitures ;
  • cascades ou dérapages sur parkings de supermarché ou zones résidentielles ;
  • rassemblements non déclarés transformés en courses sauvages.

Cadre légal spécifique

Les rodéos motorisés font l’objet d’un délit spécifique en droit français, avec des peines pouvant inclure prison, amende, confiscation du véhicule. Les forces de l’ordre prennent ces signalements de plus en plus au sérieux, notamment grâce aux plaintes et témoignages répétés d’habitants excédés, mais aussi inquiets pour leur sécurité.

Comment signaler sans s’exposer ?

  • ne tentez jamais de filmer ou de photographier de près les auteurs en temps réel si cela vous met en danger ;
  • privilégiez les observations à distance, depuis un lieu sûr (fenêtre, balcon, cour intérieure) ;
  • notez les jours, heures, lieux précis et la fréquence des rassemblements ;
  • si possible, décrivez le type de véhicules (motos de cross, scooters non immatriculés, voitures sportives) et les zones d’évolution (allées piétonnes, parkings, rues résidentielles) ;
  • transmettez ces informations à la police ou à la gendarmerie, éventuellement complétées de vidéos prises en sécurité depuis votre domicile.

Bien signaler un comportement dangereux : cadre légal et bonnes pratiques

Signalement, dénonciation, témoignage : ce que dit le droit

En France, chacun peut signaler un comportement potentiellement délictuel aux forces de l’ordre. Cependant :

  • l’accusation calomnieuse (accuser quelqu’un à tort de faits que l’on sait faux) constitue un délit ;
  • les propos diffamatoires ou injurieux, même dans un contexte de signalement, peuvent engager la responsabilité de leur auteur ;
  • l’anonymat n’est pas toujours garanti en pratique, notamment en cas de procédure judiciaire où un témoignage signé peut être requis.

Pour rester dans un cadre légal sûr, il est essentiel de :

  • se limiter à des faits observés directement, en évitant les suppositions ;
  • décrire précisément les situations (dates, lieux, circonstances) plutôt que la personnalité présumée du conducteur ;
  • ne pas exagérer, ne pas amplifier, ne pas ajouter d’éléments dont vous n’êtes pas certain.

Les différents canaux pour signaler

Selon la gravité et l’urgence de la situation, plusieurs options existent :

  • Urgence immédiate (danger en cours). Appel au 17 (police/gendarmerie) ou 112, en restant le plus calme possible et en donnant les informations essentielles : lieu, direction, description du véhicule, type de comportement dangereux.
  • Situation récurrente mais non urgente. Déplacement en commissariat ou brigade de gendarmerie pour expliquer les faits ; dépôt de plainte ou simple signalement selon le contexte.
  • Information anonyme ou discrète. Contact téléphonique ou écrit avec les forces de l’ordre pour transmettre des informations, en expliquant votre souhait de rester discret, dans la mesure du possible.

S’informer avant d’agir pour éviter les faux pas

Avant de faire un signalement, surtout lorsqu’il vise une personne que vous connaissez (voisin, collègue, proche), il est utile de s’informer sur vos droits et obligations, ainsi que sur les risques juridiques d’une dénonciation mal formulée. Un contenu spécialisé sur la dénonciation de comportements routiers, comme notre dossier complet pour mieux comprendre comment signaler les comportements dangereux sur la route en France, permet de structurer votre démarche, de choisir le bon canal et d’adopter un ton à la fois précis, neutre et conforme au droit.

Quelques principes de base à garder en tête

  • votre sécurité passe toujours avant le recueil de preuves : ne poursuivez pas, ne filmez pas en conduisant, ne provoquez pas d’affrontement ;
  • un signalement utile est un signalement factuel : plus vous êtes précis dans les faits (heure, lieu, trajectoire, manœuvres), plus il sera exploitable ;
  • il est légitime de vouloir protéger les autres usagers, mais cette volonté ne doit pas se transformer en chasse aux conducteurs : l’objectif reste la prévention des accidents et le respect de la loi, pas la vengeance ni le règlement de comptes ;
  • en cas de doute, prendre conseil auprès d’un professionnel (forces de l’ordre, avocat, association spécialisée) est souvent la meilleure manière d’éviter un signalement inadapté ou juridiquement risqué.

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