Dommage morale comment obtenir réparation

Le dommage moral est au cœur de nombreuses situations de dénonciation : harcèlement au travail, violences conjugales, menaces après une alerte, diffamation, abus d’autorité, chantage… Au-delà des préjudices matériels (perte de salaire, frais médicaux, dégradation de biens), ce sont souvent vos souffrances psychologiques, votre atteinte à la dignité ou à votre réputation qui vous marquent le plus durablement. Pourtant, beaucoup de personnes ignorent que ce dommage moral peut donner lieu à indemnisation, même lorsqu’il n’y a aucun dommage physique ou financier visible.

Comprendre ce qu’est un dommage moral, dans quelles conditions il peut être réparé et comment le démontrer est essentiel si vous envisagez de dénoncer une situation illégale ou abusive. C’est encore plus vrai lorsqu’une dénonciation – même légitime – entraîne des représailles, une mise à l’écart, un harcèlement ou des pressions sur votre personne, votre famille ou votre carrière. Dans ce contexte, la crainte de souffrir davantage sur le plan psychologique peut vous dissuader d’agir, alors même que la loi vous protège de plus en plus, en particulier en tant que lanceur d’alerte.

Sur un site comme Cyberdénonciation, l’objectif est de vous donner des informations claires, neutres et pratiques pour vous aider à faire des choix éclairés : quand parler, comment parler, à qui parler, et surtout comment protéger vos droits. Le dommage moral fait partie intégrante de cette réflexion. Il ne s’agit pas seulement de savoir si vous pouvez obtenir de l’argent en justice, mais aussi de comprendre comment faire reconnaître votre souffrance, faire respecter votre dignité et rétablir, autant que possible, votre équilibre de vie.

Dans cet article, vous allez voir :

  • ce que recouvre exactement la notion de dommage moral dans le droit français,
  • dans quelles situations liées à la dénonciation un préjudice moral peut être reconnu,
  • comment démontrer ce préjudice et quelles preuves rassembler,
  • quelles démarches engager pour obtenir une indemnisation adaptée,
  • et comment limiter autant que possible votre propre dommage moral lorsque vous dénoncez des faits graves.

L’objectif est que vous puissiez évaluer plus sereinement votre situation, vos droits, vos options et les risques, afin d’agir en connaissance de cause, que ce soit dans le cadre du travail, de la famille, d’une fraude fiscale, d’un abus de pouvoir ou de tout autre comportement illégal.

Définition du dommage moral et cadre légal en France

En droit français, le dommage moral (souvent appelé préjudice moral) désigne l’atteinte portée à des intérêts non patrimoniaux de la personne : son intégrité psychologique, son honneur, sa réputation, sa vie privée, son image, ses affections familiales, sa liberté, etc. Contrairement au dommage matériel (perte financière, détérioration d’un bien) ou corporel (atteinte à l’intégrité physique), le dommage moral est par nature immatériel et subjectif. Pourtant, il est pleinement reconnu par les tribunaux et peut donner lieu à des dommages et intérêts spécifiques.

Le fondement juridique principal se trouve dans l’article 1240 du Code civil (anciennement 1382) : « Tout fait quelconque de l’homme, qui cause à autrui un dommage, oblige celui par la faute duquel il est arrivé à le réparer. » Cet article englobe toutes les formes de préjudice, dont le préjudice moral. Les juges ont progressivement précisé et catégorisé ces dommages dans différents domaines : droit civil, droit pénal, droit du travail, droit administratif, etc.

On distingue aujourd’hui plusieurs grandes typologies de dommage moral, par exemple :

  • Le dommage moral lié à l’atteinte à la dignité ou à l’honneur (insultes, diffamation, atteinte à la réputation professionnelle ou personnelle).
  • Le dommage moral consécutif à un harcèlement (moral ou sexuel), à des violences psychologiques, à des menaces ou à une pression abusive.
  • Le préjudice d’affection (souffrance liée à la perte ou au grave handicap d’un proche, dans un accident ou une infraction).
  • L’atteinte à la vie privée ou au secret (divulgation d’informations sensibles, violation du secret médical, surveillance illégale, etc.).
  • Le trouble dans les conditions d’existence (modification négative et durable de votre quotidien à la suite d’un fait fautif).

Dans le contexte spécifique de la dénonciation (fraude fiscale, corruption, harcèlement au travail, violences, abus de pouvoir, etc.), le dommage moral peut se situer à plusieurs niveaux :

  • Vous subissez un dommage moral avant même la dénonciation : par exemple un harcèlement répété, des humiliations publiques, des propos dégradants, une mise à l’écart systématique.
  • Vous subissez un dommage moral en réaction à votre dénonciation : pression, isolement, menaces, campagnes de discrédit, rétrogradation déguisée, rumeurs au sein de votre entreprise ou de votre famille.
  • Une autre personne (victime d’abus, de fraude, de violences) subit un dommage moral que vous souhaitez aider à faire reconnaître, par exemple en signalant les faits aux autorités.

Votre indemnisation n’est pas automatique : le juge doit constater l’existence d’un préjudice, établir le lien de causalité avec la faute (ou l’infraction), et évaluer le montant des dommages. Le dommage moral est apprécié au cas par cas, en fonction de votre situation personnelle, de l’intensité des souffrances, de leur durée et de leurs conséquences sur votre vie. C’est pour cela qu’une bonne compréhension du cadre légal vous permet d’orienter vos démarches, de mieux préparer vos preuves et de choisir la voie la plus adaptée pour faire reconnaître votre préjudice.

Situations typiques de dommage moral liées à la dénonciation

Dans la pratique, les cas de dommage moral sont extrêmement variés. Cependant, certains scénarios reviennent fréquemment dans les situations que vous pouvez rencontrer lorsque vous envisagez de dénoncer des comportements illégaux ou abusifs. Comprendre ces cas concrets vous aide à identifier si, dans votre situation, un préjudice moral peut potentiellement être reconnu.

Au travail, le dommage moral est souvent lié à des situations de harcèlement moral ou sexuel, de discrimination ou de management abusif. Par exemple :

  • Un supérieur hiérarchique qui critique systématiquement votre personne en public, vous dénigre devant vos collègues, vous isole des réunions importantes, ou vous attribue des tâches dégradantes.
  • Un collègue ou un réseau d’influence interne qui se livre à des moqueries, des rumeurs, des insinuations sur votre vie privée, votre orientation sexuelle, votre origine, votre religion, dans l’objectif de vous pousser à la démission.
  • Des avances sexuelles insistantes, des commentaires déplacés, des messages ou images à caractère sexuel non sollicités, accompagnés de menaces implicites pour votre carrière si vous refusez.

Dans ces exemples, même sans coups ni pertes financières immédiates, votre personne subit une atteinte psychologique significative : anxiété, perte de sommeil, isolement social, dévalorisation, parfois dépression. Ce dommage moral peut être indemnisé dans le cadre d’une procédure prud’homale ou pénale, selon la gravité et la qualification des faits.

Autre situation fréquente : les représailles après une dénonciation. De nombreuses personnes n’osent pas signaler une fraude, une corruption ou un harcèlement de peur de « représailles ». Ces représailles peuvent être :

  • Une mise au placard : on vous retire vos dossiers, on vous relègue à des tâches insignifiantes, on vous isole physiquement des équipes.
  • Une campagne de discrédit : rumeurs sur votre loyauté, insinuations sur votre santé mentale, diffusion de fausses informations sur votre compétence.
  • Des menaces plus ou moins voilées : allusions à une future évaluation négative, pression sur votre famille, insinuations sur une rupture de contrat ou un licenciement.

Ces comportements peuvent créer un dommage moral distinct du préjudice initial que vous avez dénoncé. La loi sur les lanceurs d’alerte, renforcée en France (notamment par la loi Sapin II et ses adaptations), protège la personne qui agit de bonne foi et dans l’intérêt général. Si malgré ces protections vous subissez des mesures de rétorsion, vous pouvez demander réparation du dommage moral causé par ces représailles.

Dans la sphère privée et familiale, le dommage moral peut aussi découler d’une dénonciation ou d’une menace de dénonciation : chantage affectif, menaces de révéler des informations intimes à l’entourage, pressions psychologiques pour vous empêcher de porter plainte pour violences, fraudes ou abus. Par exemple, un conjoint violent qui menace de ruiner votre réputation auprès des enfants, de la famille ou sur les réseaux sociaux si vous parlez. Là encore, l’atteinte à votre tranquillité, à votre image et à votre dignité peut constituer un préjudice moral indemnisable dans le cadre pénal ou civil.

Enfin, dans les affaires de fraude ou de corruption, le dommage moral peut toucher la personne qui dénonce lorsque son nom est révélé dans la presse, sur les réseaux sociaux ou au sein de l’organisation, entraînant un lynchage médiatique ou numérique. Votre réputation professionnelle peut être durablement affectée, même si vous êtes dans votre bon droit. Dans ce type de dossier, il est parfois possible d’agir sur le terrain de la diffamation, de l’atteinte à la vie privée ou encore des droits des lanceurs d’alerte pour obtenir une indemnisation adaptée à votre préjudice moral.

Conditions de réparation et démonstration du préjudice moral

Pour que votre dommage moral donne lieu à indemnisation, il ne suffit pas de ressentir de la souffrance ou de la détresse. Le droit français impose plusieurs conditions : existence d’une faute (ou d’une infraction), réalité du préjudice, lien de causalité entre les deux. Le préjudice moral doit être certain, personnel et direct. Cela ne signifie pas que vous devez présenter des séquelles extrêmes ou irréversibles, mais le juge doit pouvoir constater, grâce à des éléments concrets, que votre souffrance n’est pas purement hypothétique ou abstraite.

La difficulté principale réside souvent dans la démonstration du dommage moral. Comme il s’agit d’un dommage immatériel, vous ne disposez pas de factures de réparation, de devis ou de photos de dégâts matériels. Vous devez donc rassembler un faisceau d’indices et de preuves qui, mis bout à bout, permettent au juge d’apprécier l’étendue de votre préjudice. Parmi les éléments fréquemment utilisés :

  • Certificats et comptes rendus médicaux ou psychologiques : consultation chez un médecin généraliste, un psychiatre, un psychologue, attestant d’un état anxieux, dépressif, de troubles du sommeil, de crises d’angoisse, de stress post-traumatique, etc.
  • Arrêts de travail ou aménagements de poste prescrits pour des raisons psychologiques liées à la situation dénoncée.
  • Attestations de proches, collègues, voisins, rédigées conformément à l’article 202 du Code de procédure civile, décrivant les changements observés chez vous : repli sur soi, perte de confiance, pleurs fréquents, insomnies, crises de panique, modifications de votre mode de vie.
  • Échanges écrits (mails, SMS, messages sur des outils internes) qui montrent les propos humiliants, menaçants ou dégradants que vous avez reçus ou dont vous avez été témoin.
  • Constats d’huissier pour des contenus en ligne (posts, commentaires diffamatoires, harcèlement sur les réseaux sociaux).

Vous pouvez également appuyer votre demande d’indemnisation sur des rapports de l’inspection du travail, de la médecine du travail, du Défenseur des droits ou d’autres autorités administratives ayant enquêté sur les faits que vous dénoncez. Ces rapports, lorsqu’ils reconnaissent un harcèlement, une discrimination, une pression ou un manquement grave de l’employeur, renforcent fortement la crédibilité de votre préjudice moral.

Dans certains dossiers, la qualification juridique de la faute joue un rôle clé. Par exemple, le harcèlement moral ou sexuel, la discrimination, les violences, la diffamation, les menaces, sont autant d’infractions qui, par nature, impliquent un dommage moral. Plus l’infraction est grave, plus le juge reconnaît généralement un niveau de souffrance présumé élevé, même si l’évaluation chiffrée du préjudice reste individualisée.

Il est important de comprendre que vous n’avez pas à prouver au centime près la valeur de votre dommage moral. Le juge fixe souverainement le montant de l’indemnisation, en tenant compte de votre situation, de la gravité des faits, de leur durée, de leurs conséquences sur votre vie personnelle et professionnelle. Toutefois, plus votre dossier est documenté, plus vos chances d’obtenir une réparation adaptée sont importantes.

Conseil pratique : si vous êtes en situation de harcèlement, de menaces ou de pressions en lien avec une dénonciation, commencez dès maintenant à constituer un « journal de bord » personnel, daté, où vous notez chaque épisode, ses témoins éventuels, vos ressentis, ainsi que les éventuels impacts (crise d’angoisse, insomnie, consultation médicale…). Ce journal n’est pas une preuve en soi, mais il vous aidera à reconstruire les faits de manière chronologique avec un avocat ou une autorité compétente, et à solliciter des preuves complémentaires (attestations, mails, certificats).

Les différentes voies pour obtenir l’indemnisation de votre dommage moral

Pour faire reconnaître et indemniser un dommage moral, vous pouvez emprunter plusieurs voies, parfois en parallèle, selon la nature des faits, votre statut (salarié, agent public, particulier, chef d’entreprise) et le contexte (travail, famille, voisinage, relation commerciale, etc.). Chacune de ces voies a ses spécificités, ses avantages et ses limites. L’important est de comprendre comment les mobiliser en lien avec votre situation de dénonciation.

Dans le cadre d’une affaire pénale (violences, harcèlement, menaces, diffamation, corruption, escroquerie, etc.), vous pouvez vous constituer partie civile devant le tribunal correctionnel ou criminel. En tant que victime, vous demandez non seulement la condamnation pénale de l’auteur, mais également des dommages et intérêts pour votre préjudice moral. Le parquet ou le juge d’instruction peuvent reconnaître votre statut de victime, et une expertise médico-psychologique peut être ordonnée pour évaluer vos souffrances.

Avantage de la voie pénale : la gravité des faits est au cœur du procès, ce qui renforce la perception du préjudice moral par le juge. De plus, certaines infractions impliquent quasiment automatiquement une atteinte à la personne (harcèlement, violences, menaces, agressions sexuelles), ce qui soutient votre demande d’indemnisation. Limite : la procédure peut être longue, éprouvante et, parfois, aboutir à un non-lieu ou une relaxe, ce qui complique ensuite vos demandes en réparation.

En parallèle ou indépendamment, vous pouvez agir devant les juridictions civiles (tribunal judiciaire, ancien TGI) pour demander réparation de votre préjudice moral, sur la base de l’article 1240 du Code civil. C’est souvent le cas lorsqu’il s’agit d’atteinte à la vie privée, à l’image, à la réputation (diffamation, injure, publications en ligne), ou de litiges ne relevant pas directement du pénal mais constitutifs d’une faute civile. Cette voie peut être pertinente quand vous souhaitez concentrer le débat sur l’indemnisation de votre dommage, même si une procédure pénale est en cours ou a échoué.

Pour les salariés, la juridiction de référence est le conseil de prud’hommes. Dans un conflit lié au travail (harcèlement moral, licenciement abusif, discrimination, représailles après une alerte, modification unilatérale du contrat), vous pouvez demander, en plus de la réparation de vos pertes financières (salaires, primes, etc.), des dommages et intérêts pour votre préjudice moral. Les juges prud’homaux apprécient de plus en plus l’importance de ces souffrances, notamment dans les affaires de management toxique et de représailles contre des personnes ayant dénoncé des fraudes ou des pratiques illégales.

Si vous êtes agent public (fonctionnaire ou contractuel de l’administration), la voie administrative est prioritaire : tribunal administratif, recours contre l’employeur public, demande de protection fonctionnelle en cas de menaces ou d’attaques en raison de vos fonctions ou de votre dénonciation. L’administration peut être condamnée à vous indemniser pour votre dommage moral si elle n’a pas pris les mesures nécessaires pour vous protéger, si elle a contribué au harcèlement, ou si elle a pris des sanctions disciplinaires injustifiées en réaction à votre alerte.

Dans certains cas, lorsque l’auteur de l’infraction est insolvable ou inconnu, ou en cas d’infraction grave, vous pouvez vous tourner vers des dispositifs d’indemnisation spécifiques comme la CIVI (Commission d’indemnisation des victimes d’infractions). Cette commission, gérée par le Fonds de garantie, peut indemniser votre préjudice moral sous certaines conditions de gravité et de ressources, indépendamment de la solvabilité de l’auteur.

Conseil pratique : avant de choisir la voie à privilégier pour votre indemnisation, faites un point précis sur votre situation avec un professionnel du droit (avocat, éventuellement association d’aide aux victimes). Expliquez clairement les faits que vous souhaitez dénoncer, le contexte, les représailles éventuelles et l’impact sur votre personne. Ensemble, vous pourrez déterminer si une plainte pénale, une saisine prud’homale, un recours administratif ou une action civile est la plus adaptée, et s’il est pertinent de combiner plusieurs voies pour sécuriser au mieux la reconnaissance de votre préjudice moral.

Préparer sa dénonciation en limitant son propre dommage moral

Dénoncer des faits graves (fraude, corruption, harcèlement, violences, abus de pouvoir) est souvent un acte lourd de conséquences pour votre vie psychologique, professionnelle et parfois familiale. Même avec un cadre légal protecteur, vous vous exposez à des tensions, à des conflits, voire à des représailles ou à une stigmatisation. Anticiper cet impact et adopter certains réflexes peut limiter l’ampleur du dommage moral que vous pourriez subir, tout en renforçant vos chances de faire valoir vos droits par la suite.

Première étape : évaluer votre position et vos objectifs. Avant d’agir, prenez le temps de clarifier ce que vous voulez obtenir : faire cesser des agissements, protéger d’autres personnes, obtenir une sanction, sécuriser votre situation professionnelle, obtenir une indemnisation pour votre préjudice. Cette réflexion vous aide à choisir le canal de dénonciation le plus adapté (interne, externe, judiciaire, administratif, anonyme ou non) et à calibrer vos attentes. Plus vos objectifs sont réalistes et cohérents avec les mécanismes existants, moins vous risquez de ressentir une frustration extrême, source supplémentaire de dommage moral.

Deuxième étape : vous entourer. Isolé, vous êtes plus vulnérable au stress, aux doutes, à la culpabilisation. Rapprochez-vous, si possible, de personnes ou d’organismes de confiance : avocat, syndicat, association d’aide aux victimes, associations spécialisées dans la protection des lanceurs d’alerte, psychologue. Ces interlocuteurs peuvent :

  • Vous aider à qualifier juridiquement les faits (harcèlement, discrimination, fraude, corruption, menaces, etc.).
  • Vous informer sur vos droits, notamment en matière de protection contre les représailles et d’anonymat éventuel.
  • Vous conseiller sur la meilleure façon de signaler les faits, de manière factuelle, structurée, en évitant les propos excessifs qui pourraient se retourner contre vous.
  • Vous apporter un soutien psychologique pour faire face aux réactions de votre entourage ou de votre environnement professionnel.

Troisième étape : sécuriser les preuves en amont, sans vous mettre en danger. Recueillir des documents, des mails, des captures d’écran, des attestations, tout en respectant le droit (ne pas pirater de comptes, ne pas voler de documents couverts par un secret protégé par la loi, etc.). Avoir un dossier solide réduit le risque qu’on vous accuse de diffamation ou de dénonciation calomnieuse, ce qui pourrait à son tour générer un nouveau dommage moral. Un avocat peut vous aider à faire le tri entre ce que vous pouvez légalement utiliser et ce qui doit être écarté.

Quatrième étape : protéger votre identité lorsque c’est possible et pertinent. Certaines plateformes de signalement, notamment pour la corruption ou certaines fraudes financières, permettent un traitement anonyme ou confidentiel. Dans le cadre professionnel, la loi encadre les dispositifs internes d’alerte : vous pouvez parfois signaler sans que votre identité soit immédiatement divulguée. Plus votre identité est protégée, moins vous êtes exposé à des attaques directes sur votre personne, donc à un préjudice moral immédiat. Toutefois, gardez à l’esprit que, dans certaines procédures, votre identité devra nécessairement être connue pour faire valoir pleinement vos droits.

Enfin, cinquième étape : anticiper les effets psychologiques et accepter d’être accompagné. Même lorsque vous avez raison sur le fond, une procédure de dénonciation et d’indemnisation peut être longue, technique et émotionnellement lourde. Vous pouvez ressentir du doute, de la culpabilité, de la peur, de la colère. Reconnaître ces émotions, en parler avec un professionnel ou des proches de confiance, et accepter un suivi si nécessaire (psychologue, médecin) est un investissement pour votre équilibre à long terme. En cas de procédure, ces démarches pourront d’ailleurs servir d’éléments objectifs pour démontrer l’ampleur de votre dommage moral.

En préparant votre démarche avec méthode, en vous informant sur vos droits et en vous entourant, vous augmentez vos chances de faire cesser les comportements illégaux tout en limitant l’impact psychologique sur votre vie. Vous vous mettez aussi en position plus favorable pour obtenir, le cas échéant, une indemnisation adaptée de votre préjudice moral, que ce soit devant une juridiction pénale, civile, prud’homale ou administrative.

Valoriser et chiffrer le dommage moral : repères pratiques pour défendre vos droits

Une fois que vous avez identifié votre préjudice moral et engagé, ou envisagé d’engager, une démarche de dénonciation ou d’action en justice, se pose une question délicate : comment « valoriser » ce dommage moral ? Vous n’êtes pas obligé de proposer un montant précis, mais comprendre comment les tribunaux raisonnent vous aide à mieux défendre vos droits et à dialoguer efficacement avec votre avocat.

Les juges s’appuient souvent sur plusieurs critères pour évaluer le montant des dommages et intérêts pour préjudice moral :

  • La gravité objective des faits (harcèlement répété, violences physiques, menaces graves, diffamation publique, campagne de dénigrement, etc.).
  • La durée de la situation (épisode isolé vs. faits répétés sur plusieurs mois ou années).
  • Les conséquences sur votre santé et votre quotidien (arrêts de travail, traitement médicamenteux, hospitalisations, thérapie, isolement social, impact sur la vie familiale).
  • Votre situation personnelle (âge, responsabilités familiales, niveau hiérarchique, parcours professionnel, fragilités particulières).
  • Le comportement de l’auteur après les faits (poursuite ou non des agissements, excuses éventuelles, reconnaissance ou non de ses torts).

Votre avocat peut se référer à la jurisprudence, c’est-à-dire à des décisions rendues dans des affaires comparables, pour proposer une estimation ou apprécier le niveau d’indemnisation auquel vous pouvez raisonnablement prétendre. Par exemple, dans certaines affaires de harcèlement moral au travail ayant entraîné une dépression sévère et de longs arrêts de travail, les montants alloués peuvent atteindre plusieurs dizaines de milliers d’euros. Pour des atteintes plus ponctuelles à la réputation en ligne, les sommes sont souvent plus modestes, mais significatives au regard du préjudice.

Il est utile, dans vos échanges avec votre avocat ou lors de la constitution de votre dossier, de détailler concrètement comment le dommage moral a affecté votre vie :

  • Sur le plan professionnel : baisse de performance liée au stress, impossibilité d’exercer certains postes, démission contrainte, difficulté à retrouver un emploi en raison d’une réputation entachée.
  • Sur le plan personnel : troubles du sommeil, crises d’angoisse, perte d’appétit, conflits familiaux, retrait des activités sociales ou de loisirs.
  • Sur le plan financier indirect : dépenses de santé non remboursées (psychologue, thérapies alternatives), frais de déménagement si vous avez dû changer de ville ou de logement pour échapper à un climat toxique, etc.

Ces éléments, même s’ils ne sont pas tous compensés de manière distincte, renforcent la perception par le juge de la réalité et de l’ampleur de votre préjudice moral. Ils montrent que ce dommage va au-delà d’un simple « inconfort » ou d’une contrariété passagère.

Enfin, gardez à l’esprit que la reconnaissance d’un dommage moral n’est pas seulement financière. Obtenir par écrit, dans un jugement, la reconnaissance du caractère fautif des agissements subis et du préjudice qui en résulte peut avoir un effet symbolique fort : rétablissement de votre honneur, validation de votre parole, sentiment que la justice a entendu ce que vous avez vécu. Ce volet symbolique contribue souvent à la réparation psychologique, au même titre que le montant de l’indemnisation.

En matière de dénonciation et de cyberdénonciation, savoir que votre dommage moral peut être reconnu et indemnisé est un levier important pour oser agir, lorsque vous êtes confronté à des comportements injustes ou illégaux. En maîtrisant ces repères, vous pouvez mieux peser les risques et les bénéfices, choisir vos interlocuteurs, structurer votre démarche et faire respecter, autant que possible, vos droits et votre dignité.

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