Pourquoi signaler un comportement dangereux sur la route ?
Un conducteur qui zigzague dangereusement à 130 km/h, un scooter qui grille un feu rouge en pleine heure de pointe, ou encore un automobiliste qui roule sans phares la nuit : ce sont des comportements que nous avons (presque) tous vécus ou vus. Et face à ces infractions évidentes, une question revient souvent : faut-il les signaler ? Et surtout, est-ce utile ?
La réponse est oui, sans détour. Signaler un comportement dangereux, ce n’est pas “jouer au justicier” ou “faire la police” — c’est tout simplement assumer une responsabilité citoyenne. Chaque infraction grave non signalée est une situation de trop sur les routes, avec des conséquences parfois irréversibles : blessés, morts, destructions matérielles. En 2023 encore, plus de 3 000 personnes ont perdu la vie sur les routes françaises. Un chiffre qui n’est pas une fatalité.
Signaler un chauffard, ce n’est pas dénoncer pour dénoncer. C’est prévenir. C’est protéger. Et c’est aussi, d’un point de vue légal, faire valoir ses droits en tant qu’usager de la voie publique face à des comportements qui mettent tout le monde en danger.
Les comportements dangereux les plus courants
Avant de foncer tête baissée vers une procédure de signalement, encore faut-il savoir identifier les comportements réellement dangereux. Voici les plus fréquemment observés, et qui peuvent — doivent — être signalés :
- Excès de vitesse manifeste dans une zone à risque (zone scolaire, virage sans visibilité, etc.)
- Conduite sous l’emprise de l’alcool ou de stupéfiants (allure anormale, perte de contrôle du véhicule, comportement incohérent)
- Franchissement de feux rouges ou de STOP sans ralentir
- Dépassements dangereux (ligne blanche, virage, proximité d’un piéton)
- Usage du téléphone ou écran en conduisant
- Agressivité routière : insultes, klaxons abusifs, queue de poisson volontaire, tentatives d’intimidation
- Défaut manifeste de maîtrise du véhicule
À noter : tous les comportements illégaux ne sont pas forcément “criminels”, mais ce qui doit guider votre jugement, c’est la mise en danger d’autrui. L’infraction est-elle susceptible de provoquer un accident grave ? Si oui, c’est un motif valable pour signaler.
Ce que dit la loi
Le Code de la route encadre strictement la conduite sur la voie publique. La loi française prévoit des sanctions pour toute conduite mettant en danger la vie d’autrui (article L. 121-1 et suivants du Code de la route). Le non-respect des règles élémentaires de conduite peut être qualifié soit de simple infraction, soit de délit si la faute est grave ou répétée.
Un conducteur en état d’ivresse ? Délit. Un excès de vitesse de plus de 50 km/h ? Délit. Un automobiliste qui met intentionnellement en danger les autres usagers ? Délit. Et lorsqu’il s’agit d’un récidiviste, les tribunaux ne plaisantent pas.
En tant que témoin, vous êtes légitime à signaler ce type de comportement, notamment via un signalement circonstancié. La loi protège même le lanceur d’alerte, à condition que le signalement soit de bonne foi et repose sur des faits observables.
Signaler : à qui, et comment ?
Le plus simple et le plus rapide ? Appeler le 17. La police ou la gendarmerie peut intervenir en direct si le danger est immédiat.
En absence d’urgence, plusieurs canaux sont disponibles :
- La pré-plainte en ligne : via le site officiel pré-plainte.gouv.fr, vous pouvez signaler un fait que vous avez observé.
- Le formulaire Ma Sécurité : l’application mobile du ministère de l’Intérieur permet de contacter un agent et même transmettre des photos ou vidéos.
- Se rendre au commissariat : pour une déclaration écrite avec un maximum de détails (modèle du véhicule, plaque d’immatriculation, lieu, date, heure, comportement observé…)
Il est aussi possible de signaler de manière anonyme. C’est légal et pris en compte par les autorités, tant que le signalement est précis et repose sur des faits concrets.
Quels éléments fournir ?
Pour que votre signalement ne parte pas à la corbeille, soyez rigoureux. Plus vous donnerez d’informations, plus les autorités pourront agir rapidement et efficacement. Voici ce que vous devez rassembler :
- La date et l’heure exacte de l’incident
- Le lieu précis (nom de la rue, ville, repères visuels si possible)
- Le type de véhicule (voiture, moto, utilitaire…)
- La plaque d’immatriculation
- Une description précise du comportement dangereux
- Tout élément visuel ou sonore (photo, vidéo, enregistrement) si cela ne met pas votre propre sécurité en jeu
Conseil juridique : ne vous mettez jamais en danger pour obtenir une preuve. Filmer en conduisant est une infraction. Se confronter à un chauffard peut dégénérer. Priorisez votre sécurité.
Que deviennent les signalements ?
Contrairement à une idée reçue, les signalements ne sont pas ignorés. Chaque déclaration reçue par les forces de l’ordre est enregistrée, analysée et, si suffisamment sérieuse, donne lieu à une enquête. Le propriétaire du véhicule concerné peut être convoqué, voire verbalisé si les éléments sont probants.
Et si vous êtes nombreux à signaler le même véhicule pour des faits similaires à différents moments, les autorités sont plus enclines à agir fermement. Oui, le signalement répété peut faire pencher la balance vers une suspension de permis, voire une poursuite pénale.
Et si le comportement dangereux est filmé ?
Depuis l’apparition massive des dashcams — ces petites caméras fixées sur le tableau de bord — de nombreux usagers partagent volontiers des extraits d’internationales absurdités routières. Mais attention : la diffusion d’une vidéo en ligne ne remplace en rien un signalement officiel.
Si vous avez capté un comportement dangereux, vous pouvez joindre la vidéo à votre plainte. Elle constituera un élément de preuve fondamental. En revanche, attention à ne pas divulguer de visages ou de plaques d’immatriculation publiquement sans flouter — cela pourrait vous retomber dessus pour atteinte à la vie privée.
Une anecdote parlante
En 2022, dans les Yvelines, une mère de famille signale un conducteur qui, chaque matin, double à grande vitesse devant une école élémentaire. Au bout de la troisième intervention, une patrouille est dépêchée à l’heure et au lieu dit. Résultat : excès de vitesse constaté, permis suspendu, véhicule immobilisé. Le signalement a évité ce qui aurait pu devenir un drame.
Une simple alerte. Trois minutes pour remplir un formulaire. Un danger éliminé. Voilà l’intérêt concret, tangible, d’un simple signalement citoyen.
Et si le danger est récurrent ?
Si vous constatez qu’un même individu commet régulièrement des infractions, ne vous contentez pas d’un seul signalement. Constituez un dossier : photos, vidéos datées, schémas si nécessaire… Puis présentez-les lors d’une dépôt de plainte circonstanciée. Vous pouvez même associer le maire de votre commune, dans le cadre d’un signalement à la Police municipale.
Les autorités apprécient les témoins impliqués, méthodiques, précis. Un simple » il roule trop vite » sera classé sans suite. Un » véhicule immatriculé XX-000-YY roule chaque soir à 80 km/h dans une zone 30 devant une école, voici 4 vidéos datées » : là, on vous écoute.
De témoin à acteur
Signaler un comportement dangereux, c’est passer de spectateur impuissant à acteur de la sécurité routière. Ce n’est pas un acte de défiance, c’est un acte de responsabilité. Mieux : c’est un outil légal à la portée de tous.
Alors, la prochaine fois que vous croisez un conducteur qui confond route départementale et circuit automobile, ne détournez pas les yeux. Prenez note, soyez précis, agissez intelligemment. Votre signalement peut, littéralement, sauver une vie.
Qui contacter selon la situation ?
Selon le type de danger que vous observez, le bon réflexe n’est pas toujours le même. Contacter la bonne autorité au bon moment augmente clairement l’efficacité de votre signalement de comportement dangereux.
- Danger immédiat et grave : appelez le 17 (police / gendarmerie) ou le 112 (numéro d’urgence européen) si vous êtes à l’étranger ou sans réseau national. Sur autoroute, vous pouvez aussi utiliser les bornes d’appel d’urgence.
- Situation dangereuse récurrente près de chez vous : contactez la police municipale ou la mairie. Ils peuvent adapter les contrôles (radars mobiles, présence accrue) et l’aménagement de la voirie.
- Comportement dangereux d’un conducteur professionnel (bus, poids lourd, VTC…) : en plus de la police ou gendarmerie, vous pouvez signaler l’incident à l’employeur ou à l’autorité organisatrice des transports (Région, RATP, etc.).
- Problème de sécurité autour d’une école : informez la direction de l’établissement et la municipalité, qui pourront renforcer la présence policière aux abords et mettre en place des actions de prévention.
En cas de doute, gardez un principe simple : si la vie ou l’intégrité physique de quelqu’un vous semble menacée maintenant, composez un numéro d’urgence. Si le danger est réel mais différé, privilégiez un contact écrit ou un dépôt de plainte détaillé.
Contacts utiles et ressources officielles
Pour ne pas perdre de temps le jour où vous serez témoin d’un comportement dangereux au volant, il est utile de connaître à l’avance les principaux canaux de contact et ressources officielles.
- Numéros d’urgence :
- 17 : Police / Gendarmerie (danger routier immédiat, chauffard, accident en cours).
- 112 : numéro d’urgence européen, joignable partout et gratuitement.
- 114 : numéro d’urgence pour les personnes sourdes ou malentendantes (SMS ou fax).
- Services en ligne officiels :
- pré-plainte.gouv.fr : pré-plainte en ligne pour un fait déjà commis, sans urgence vitale.
- Service-Public.fr : fiches pratiques sur le dépôt de plainte, les infractions routières, les recours.
- Application » Ma Sécurité » : chat avec un policier ou un gendarme, conseils personnalisés, orientation vers le bon service.
- Acteurs de la sécurité routière :
- Délégation à la sécurité routière : statistiques, campagnes de prévention, documents pédagogiques.
- Associations de victimes de la route : aide psychologique et juridique si vous avez été impliqué ou témoin d’un accident grave.
- Interlocuteurs locaux :
- Mairie / Police municipale : pour des problèmes localisés (vitesse en zone 30, stationnement dangereux, nuisances répétées).
- Préfecture : compétente pour les suspensions de permis et certaines décisions administratives liées aux infractions routières.
Conserver ces contacts dans votre téléphone ou notés dans votre véhicule permet de réagir plus vite, de transmettre les bons éléments, et de faire remonter efficacement tout comportement routier à risque.
Faut-il entrer en contact directement avec le conducteur ?
Face à un comportement dangereux, la tentation peut être grande d’ » aller s’expliquer » avec le conducteur. C’est rarement une bonne idée, et parfois clairement risqué.
- Évitez la confrontation directe sur la route : klaxons prolongés, gestes, poursuite du véhicule, arrêt volontaire pour discuter… Tout cela peut faire monter la tension et dégénérer en altercation, voire en violence physique.
- Ne jouez pas les justiciers : vous n’avez ni les pouvoirs ni la protection juridique des forces de l’ordre. Un enregistrement vidéo ou une plaque notée calmement a bien plus de valeur qu’une dispute à chaud.
- Cas d’un voisin ou d’un proche : si le conducteur dangereux est connu (voisin, parent d’élève, collègue), privilégiez un échange posé et factuel, à distance de la scène (plus tard dans la journée, ou par écrit). Si le danger persiste, tournez-vous vers les autorités, sans vous mettre au centre du conflit.
- Cas d’un conducteur manifestement ivre ou désorienté : si le véhicule est à l’arrêt (parking, sortie de bar, domicile), vous pouvez, avec prudence, tenter de dissuader la reprise de la route et appeler le 17 si la personne insiste pour partir.
Votre rôle n’est pas de » régler le problème » seul, mais de le documenter et de le transmettre aux bons interlocuteurs. Contacter directement un chauffard impulsif peut vous exposer inutilement. Contacter les autorités et fournir un signalement précis, en revanche, est un geste utile, responsable et protégé par la loi.
